28/07/2026
Le geai des chênes ne se contente pas de transporter quelques glands. C'est un semeur industriel, et les chiffres relevés par les chercheurs sont stupéfiants.
Chaque automne, un seul geai enfouit environ quatre mille six cents glands. Il les cache un par un, dans le sol, sous la litière, pour constituer ses réserves d'hiver. Sa mémoire est remarquable, mais il n'en retrouve pas la totalité, et chaque gland oublié devient un chêne potentiel. Multipliez par le nombre de geais d'une forêt, et vous obtenez un semis massif et gratuit, année après année.
Le résultat est mesurable. Dans les régénérations naturelles étudiées, au moins cinquante-neuf pour cent des jeunes chênes proviennent de glands semés par le geai. Autrement dit, plus de la moitié de la forêt de chênes qui repousse a été plantée par cet oiseau. Et il plante loin : il enterre habituellement ses glands à plus de cinq cents mètres de l'arbre qui les a produits, parfois bien davantage.
Ce jardinier est aussi un sélectionneur exigeant. Il ne prend que les glands mûrs, lourds et sains, écartant ceux qui sont attaqués par les champignons ou déjà germés. Il choisit donc, sans le savoir, les meilleures semences. Puis il les place idéalement : enfoncés sous la litière, dans un terrain meuble et à découvert, à l'abri de la concurrence des grands arbres. Résultat : malgré tous les glands qu'il mange, la moitié de ceux qu'il enterre donne une plantule viable.
Additionnez cela sur les siècles. Les naturalistes ont calculé qu'après cinq cents ans de cycles successifs de dispersion et de germination, un seul vieux chêne peut engendrer un massif forestier de quinze kilomètres de diamètre autour de lui.
Un oiseau qui plante quatre mille six cents arbres par an, en choisissant les meilleures graines : aucun forestier ne fait mieux.