18/05/2026
Depuis qu’on habite dans les Gorges du Tarn, j’ai appris une chose :
il y a deux catégories de personnes :
— celles qui regardent les falaises en disant “ wow c’est beau”
— et celles qui se disent “tiens… si je montais là-haut ?”
Jusqu’ici, je pensais appartenir à la première catégorie.
Et puis aujourd’hui, j’ai pris une très mauvaise décision : une initiation grande voie dans les Gorges de la Jonte.
Avec ma cop’s Bérengère.
Monitrice BE escalade.
Donc quelqu’un de compétent… ce qui compense largement le fait que moi, non.
13h00.
Départ pour le secteur du ravin des échos.
Je n’ai pas eu le temps de manger.
Finalement, tant mieux : je serai plus légère.
Je prends une poignée de graines.
Une vraie grimpeuse des montagnes.
Ou un pigeon stressé, difficile à dire.
Cinq minutes plus t**d, on s’arrête pour prendre le matériel et commencer la marche d’approche.
Et là, première interrogation :
… j’ai déjà les cuisses en feu et je suis censée grimper APRÈS ça ?
On arrive au pied de la falaise.
Je lève les yeux.
Erreur stratégique.
Mon cerveau propose immédiatement de rentrer à la maison faire des mots croisés.
On s’équipe. La voie c’est Zebulon 4C • 4C • 4C 5A…. Pour les néophytes, c’est le plus facile de la Jonte….ok j’aurai préféré le plus facile tout court!
Baudrier. Casque.
Je ressemble officiellement à un Playmobil anxieux.
Bérengère commence à m’expliquer le matériel :
relais, dégaine, corde à double, manip…
Je hoche la tête comme si je comprenais.
Spoiler : je comprends autant que devant une notice IKEA en finlandais.
Je retiens juste 2 choses :
Je suis accrochée, je risque rien et j’attends deux signaux avant de partir.
Pendant qu’elle grimpe en tête, je manipule la corde comme une personne qui espère très fort avoir l’air crédible.
Premier signal. Ok. Je mets les chaussons.
Alors pardon mais :
qui a décidé d’appeler ça des CHAUSSONS ?
Un chausson… c’est doux, moelleux, confortable.
Là, c’est plutôt un escarpin médiéval de torture verticale.
Heureusement que je n’avais pas encore fait ma pédicure estivale.
Deuxième signal.
Bon.
Cette fois, faut y aller.
Je commence à grimper.
Je cherche des prises pour les mains.
Des prises pour les pieds.
Je me sens gauche, pas à l’aise.
Mes mains aussi.
Mon cerveau, lui, a déjà envoyé sa lettre de démission.
Je décroche la première dégaine.
Puis la deuxième.
Puis la troisième.
J’en chie déjà énormément mais les encouragements de Bérengère me rassurent.
Et puis j’approche du premier relais.
Et là… c’est le drame.
Je ne trouve plus de prises.
Mes bras flanchent.
Ma jambe tremble.
Enfin non.
Elle ne tremble pas. Bérengère me dit: on appelle ça « la machine à coudre ». J’ai plutôt la sensation que ma jambe envoie un télégramme:
“AU SECOURS.
VENEZ ME CHERCHER.”
Petite crise de panique suspendue à une falaise.
Concept assez désagréable.
Je souffle.
J’essaie de me calmer.
Mais se calmer à plusieurs dizaines de mètres du sol, accrochée à un caillou, ce n’est pas exactement un environnement propice au bien-être intérieur.
Je sens que je vais lâcher.
Je n’ai plus de force.
Et finalement…
je lâche.
Je crie. C’est plus fort que moi. Mais effectivement, je suis attachée. Bérengère tente une pointe d’humour: « tu as au moins testé le matos ». Je vais la tuer.
Calme toi Marine, ça va aller!
Heureusement, Bérengère est là.
Calme.
Patiente.
Solide.
Elle me hisse, me rassure, me fait reprendre mes esprits.
J’atteins le premier relais vivante.
Ce qui, honnêtement, me paraît déjà être une belle réussite sportive 💪
Deuxième relais :
nouveau coup de stress.
Le plus dur quand on débute, ce n’est même pas grimper.
C’est faire confiance au matériel.
Accepter qu’un baudrier et une corde puissent avoir de meilleures intentions pour toi que ton propre cerveau.
Mon cerveau est fixé sur un proverbe « la vie ne tient qu’à un fil »…
Et puis finalement…
entre le deuxième et le troisième relais, quelque chose change.
Les prises deviennent plus faciles.
Je commence à mieux bouger.
Je respire un peu.
Et surtout : la vue.
Les Gorges de la Jonte sont complètement folles.
Les vautours tournent au-dessus et au-dessous de nous.
Instant magique.
Ou alors ils attendaient simplement que je glisse.
Franchement, les deux hypothèses restent possibles.
On dit toujours :
“ne regarde pas en bas.”
Évidemment, je regarde en bas.
L’adrénaline pousse à faire exactement l’inverse de ce qu’il faudrait.
Et là, suspendue à la falaise, je me suis vraiment demandé :
mais qu’est-ce que je fais là? Y a carrément pire comme endroit où passer son lundi après-midi, mais à cet instant, c’est pas évident de le réaliser.
Finalement, on s’arrête au troisième relais. On n’ira pas plus loin. Le 5A attendra!
Grande voie validée.
Et maintenant…
la descente en rappel.
Alors ça aussi, énorme mensonge collectif des grimpeurs.
Je pensais que le rappel, c’était le moment fun.
Le petit bonus agréable.
C’EST FAUX.
Parce qu’il faut quand même :
— s’asseoir dans son baudrier
— tendre les jambes
— et littéralement se jeter dans le vide
Pardon mais instinctivement, tout mon corps était contre ce projet.
Je ne faisais clairement pas la maligne.
Mais bon…fallait bien se lancer.
Et finalement…
Je suis redescendue entière.
Bras détruits. Cuisses en PLS.
Avant-bras officiellement classés patrimoine en souffrance. Et l’ongle de mon gros orteil va sûrement tomber.
J’écris ça avant que mes mains encore tétanisées ne déclare forfait.
Mais incroyablement fière.
🎯 Objectif 1 : ne pas pleurer dans la voie (c’était pas loin) ✅
🎯 Objectif 2 : ne pas rester coincée sur la paroi ✅
🎯 Objectif 3 : redescendre entière ✅
Mission accomplie.
Et le pire dans tout ça ?
C’est qu’on a même parlé de refaire un secteur.
Je commence à avoir un problème avec les sports outdoors.
J’ai testé le trail en février.
La grimpe en mai.
À ce rythme-là, je vais finir en VTT de descente avant la fin de l’année. Ou au saut à l’élastique!!
Clairement, j’ai un meilleur mental pour raconter les aventures que pour les vivre…
mais ça fait quand même de sacrées histoires. 😂
Encore un immense merci à Bérengère pour sa patience, sa pédagogie et ses nerfs extrêmement solides 🙏