10/06/2024
LE CHÊNE D’ORADOUR 🌳❤️🩹
(Extrêmement ému d’avoir été invité à lire mon texte lors de la cérémonie commémorative des 80 ans du massacre d’Oradour survenu le 10 juin 1944)
J'n'oublie pas le 10 juin
Mille neuf cent quarante-quatre
Moi, le dernier témoin
Qu'ils n'ont pas pu abattre
Je ne suis qu'un vieux chêne
Planté là par hasard
Dans un coin de Haute-Vienne
Qui revient d'un cauchemar
J'n'oublie pas que ce jour
Des tas d'hommes ici-bas
Venaient des alentours
Pour un peu de tabac
Et ce brave pâtissier
Qui s'inquiètait plutôt
De sauver sa fournée
Que de sauver sa peau
J'n'oublie pas toutes ces vies
Bienheureuses et paisibles
Cernées par des fusils
Qui les ont prises pour cible
Sur la place du champ d'foire
Ils ont fait ce samedi
D'un village sans histoire
Une immense tragédie
J'n'oublie pas le visage
De tous ces innocents
Des gamins de tout âge
Qui parlaient naïvement
Du match de dimanche
Autour d'un ballon rond
Ils n'ont pas eu la chance
De chausser les crampons
J'n'oublie pas dans l'église
Ces enfants et ces mères
La terreur, la surprise
L'incendie et l'enfer
J'n'oublie pas la seule ombre
Planquée dans les p'tits pois
Et j'n'oublie pas le nombre
De six cent quarante-trois
J'n'oublie pas l'euphorie
Des bourreaux satisfaits
Qui se sont resservis
Du champagne bien frais
Cette nuit là, j'ai compris
Qu'les Hommes pouvaient trinquer
Même à la barbarie
Les branches m'en sont tombées
J'n'oublie pas comme Robert
Les rescapés d'la grange
Des héros ordinaires
Qu'ont refusés les anges
Pour transmettre leur mémoire
Et tout vous raconter
Pour que jamais l'Histoire
Ne puisse se répéter
De nos jours, les minots
Dans mon village martyr
Avancent sans dire un mot
Et ils peuvent ressentir
Ce qu'on n'est pas capable
D'expliquer dans les livres
Quand je vois leurs cartables
Moi, je me sens revivre
Dans cette lumière blafarde
J'entends voler les mouches
Y'a des gosses qui regardent
Les impacts de cartouches
La Peugeot 202
Est devenue un emblème
Ils rentreront chez eux
Mais n'seront plus les mêmes
Il paraît qu'aujourd'hui
Rue de la Renaissance
La vie se reconstruit
On retrouve l'insouciance
Quand l'orage est passé
Le Soleil apparaît
Qu'il est beau de rêver
À un monde de paix
J'n'oublie pas le 10 juin
Mille neuf cent quarante-quatre
Moi, le dernier témoin
Qu'ils n'ont pas pu abattre
Je ne suis qu'un vieux chêne
Mais je veillerai toujours
Pour que l'on se souvienne
Des 7 lettres d'Oradour
Gauvain Sers