12/03/2026
Les agents de voyages, ces super héros aux pouvoirs visibles seulement en temps de guerre ?
Edito de Romain Pommier du 08/03/2026
La guerre en Iran, qui a provoqué un conflit régional dans une zone devenue importante pour le tourisme international, a une nouvelle fois démontré tout l'intérêt pour les voyageurs de passer par une agence de voyages. Malgré les missiles et le peu d'informations, les professionnels se démènent pour trouver des solutions et même rapatrier des voyageurs apeurés et bloqués aux quatre coins du monde.
La vie d'un agent de voyage, c'est vivre de rares périodes calmes entre deux guerres, une pandémie, des faillites de compagnies aériennes et des crises économiques.
Des évènements qui changent un peu l'ordre des priorités.
Souvenez-vous, durant le Covid, un temps que les moins de six ans ne peuvent pas connaître, les métiers dits essentiels avaient mis en lumière ceux sans qui notre quotidien serait impossible.
Le monde a assez vite retrouvé une certaine forme de normalité et nous avons détourné nos regards de ces petites mains redevenues anonymes, qui avaient pourtant permis à notre société de ne pas s'effondrer.
Le conflit qui sévit au Moyen-Orient depuis une semaine a placé cette fois ci, les agents de voyages, dans la liste des métiers essentiels en temps de crise.
Les agents de voyages et voyagistes agissent avant... l'État français
Le travail des agents de voyages et des équipes des voyagistes, d’ordinaire invisible aux yeux du grand public, prend depuis quelques jours une ampleur toute particulière.
Mobilisés jour et nuit depuis le début du conflit, ils assistent les naufragés des aéroports fermés, pris en étau par les Shahed 136, ces drones iraniens qui sèment la terreur dans tout le Moyen-Orient.
Ils sont près de 25 000 compatriotes bloqués par un conflit qui secoue tout le Golfe, et 5 000 ont déjà demandé à rentrer. Mais, depuis le début de la semaine dernière, la France n’a réussi à exfiltrer que 750 personnes.
Un rythme qui devrait s’accélérer dans les jours à venir.
Les pros du tourisme n’ont pas attendu que l’État se mette en mouvement pour agir. D’autant que le problème ne se limite pas à Dubaï, au Qatar ou à Abou Dabi.
À cause du rôle central des hubs du Golfe, des voyageurs se retrouvent aussi sans connexion aérienne au Vietnam, aux Maldives, au Sri Lanka ou aux Philippines.
Pour les ramener à la maison, des tour-opérateurs ont affrété des vols.
Des opérations à plusieurs centaines de milliers d’euros, le tout à la charge des différentes parties prenantes.
Les agents de voyages, ce métier essentiel, en temps de guerre...
Un vol vers Dubaï peut coûter jusqu'à 250 000 euros, voire davantage, au regard de l’urgence et de la forte demande.
Malgré ce manque à gagner certain et les trous dans la caisse qui apparaîtront dans les bilans de septembre 2026, les voyagistes ont pris les devants.
Et ils ne sont pas les seuls. Au-delà des grands tour-opérateurs, une foule de petits acteurs se mobilisent, souvent loin des projecteurs.
Après une nuit blanche à devoir tout refaire, à cause d’explosions sur le trajet, les voyageurs sont arrivés à bon port. Et les équipes de l’agence nîmoise ont pu souffler… avant d’attaquer d’autres dossiers.
Ainsi va la vie des agents de voyages.
Pendant que, dans certains réseaux, les ventes s’effondrent, les heures s’empilent, pour rassurer, écouter, bricoler, négocier, inventer des solutions qui n’existent pas toujours.
Mais faut-il vraiment attendre qu’une guerre régionale éclate pour mesurer la valeur ajoutée des agents de voyages ?
Pas vraiment.
Mais ce sont toujours ces moments hors norme qui rappellent, à grande échelle, l’utilité des professionnels du tourisme. Comme ce fut le cas, il y a six ans, pour ces métiers essentiels.
… que même ChatGPT ne remplacera jamais !
Et cette mobilisation hors norme de la grande famille du tourisme se fait sans surfacturation, juste par devoir.
"Nos clients ne sont pas des numéros de dossier. Ils sont sous notre responsabilité, et cette responsabilité, nous l'honorons pleinement. À l’heure de la désintermédiation, seuls les vrais professionnels, responsables et solidaires, sont capables de faire la différence dans les périodes de crises extraordinaires", a expliqué Gilbert Cisneros, président du groupe Exotismes.
Et c'est aussi pour cela que ChatGPT, Gemini, Google ou n'importe quel autre acteur de la désintermédiation ne deviendra jamais une agence de voyages.
Un acteur qui centraliserait des centaines de millions de voyageurs se retrouverait alors à devoir gérer des millions de personnes bloquées... ce qui génèrerait alors des milliards de dépenses à perte du fait des obligations fixées par le code du tourisme.
Non seulement les acteurs de l'IA ne deviendront jamais des agents de voyages, mais en plus, ils n’auront jamais la capacité d'écouter et d'aider les voyageurs dans de tels cas.
Alors demain, vers qui vous tournerez-vous lors de vos prochaines vacances : un robot qui a pompé ses données sur les sites des entreprises du tourisme et de TourMaG.com, mais qui ne sera jamais responsable de rien, pas même de ses erreurs, ou un agent de voyages de votre quartier qui maîtrise l'IA et vous aidera qu'importe les circonstances ?