09/06/2020
Depuis samedi, la filière ovine de la Manche est en grande difficulté. En effet, les services administratifs ont fait fermer l'abattoir de St Hilaire pour raisons sanitaires, alors que celui de Cherbourg avait fermé durant le confinement. La Manche est un des départements où il y a le plus grand nombre d'éleveurs ovins. Les éleveurs travaillent pour valoriser la production locale, en développant une AOP des prés salés, en s'inscrivant dans des marques de qualité, et aujourd'hui il n'y a plus de possibilité d'abattre dans la Manche. Cette décision met à mal toute une filière. Elle est sans doute justifiée dû au surcroit de travail qu'a connu l'abattoir de St Hilaire avec l'arrivée des éleveurs du Nord Manche même si les salariés ont fait leur possible pour satisfaire la demande et respecter au mieux les conditions sanitaires.
En tant qu'éleveur installé en élevage 100% ovin depuis 10 ans, en agriculture biologique, je peux dire aujourd'hui que je vis de mon travail et que je fais vivre des artisans, des banquiers, des assureurs, des mécaniciens... j'accueille et je forme bon nombre de stagiaires. J'aime mon métier et j'aime valoriser au mieux ma production.
Je fais en sorte que mes agneaux grandissent à l'aide de produits sains et dans une ambiance qui favorise leur bien-être. Mais à quoi cela servira-t-il si je doit les envoyer à plus de 3h de route pour les mener à l'abattoir ? Est ce là les conditions que l'ont souhaite développer à l'heure où l'on parle sans arrêt du bien être animal et du manger local ? Comment garantir la traçabilité si les petits abattoirs ne peuvent survivre et continuer de rendre un service nécessaire ? Aujourd'hui, certains abattoirs de Bretagne sont déjà saturés.
La reprise de l'activité de cet abattoir est donc indispensable pour l'ensemble des éleveurs et consommateurs et j'apporte mon soutien à tous ceux qui œuvreront dans ce sens.
Romain Leprovost