12/10/2026
🦠❤️ MARS 2020… CE FOUTU COVID.
Après vous avoir raconté Béthune, nos deux restaurants, nos cinq chambres d’hôtes, nos équipes et notre quotidien à mille à l’heure, impossible de ne pas revenir sur cette période qui a bouleversé nos vies.
Samedi 14 mars 2020, vers 20 h.
Nous sommes au restaurant lorsque le Premier ministre Édouard Philippe annonce que tous les restaurants devront fermer à minuit.
Quatre heures pour fermer notre établissement.
Comme ça. Du jour au lendemain.
Et évidemment, nos frigos étaient remplis de produits frais !
Des groupes étaient attendus dès le lendemain. Les commandes étaient arrivées, les produits étaient prêts, les équipes aussi…
Puis, en quelques heures, tout s’est arrêté.
Toutes les réservations ont été annulées. Du jour au lendemain, notre restaurant s’est retrouvé vide, silencieux, suspendu à un avenir que nous ne pouvions plus imaginer.
Mais au milieu de ce désarroi, une question s’est imposée à nous : que pouvions-nous faire de tous ces produits ?
La réponse est rapidement devenue une évidence :
Les transformer en soupes et en pâtes de fruits pour les soignants de l’hôpital. ❤️
Parce que même lorsque tout s’effondre, il reste toujours quelque chose à transmettre. Un peu de réconfort. Un peu de chaleur. Une façon de dire merci à celles et ceux qui, eux, continuaient à se battre chaque jour pour les autres.
Et dans cette période si incertaine, nous avons eu la chance de pouvoir compter sur un magnifique élan de solidarité.
La société Vitalis a proposé de nous racheter notre stock de matières premières afin de soutenir cette initiative.
De notre côté, nous avons offert notre temps, notre énergie et notre travail.
Maxime aux fourneaux, nous avons cuisiné, préparé, transformé ces produits en soupes et en pâtes de fruits. Puis nous sommes allés les apporter aux soignants de l’hôpital.
Notre restaurant venait de fermer ses portes. Nous ne savions pas quand nous pourrions rouvrir, ni même ce que l’avenir nous réservait.
Mais, pendant quelques jours, nos cuisines ont continué à vivre.
Et nous avons retrouvé ce qui donnait du sens à notre métier : cuisiner pour prendre soin des autres. ❤️
Alors, encore aujourd’hui, merci à Vitalis d’avoir rendu ce geste possible.
Plus de clients, plus de réservations, plus de services, plus de chambres occupées…
Notre restaurant était fermé au public, mais nos cuisines avaient encore quelque chose à offrir. ❤️
Deux jours plus t**d, le lundi 16 mars à 20 h, Emmanuel Macron prononçait cette phrase :
« Nous sommes en guerre. »
Sur le moment, comme beaucoup, nous pensions que cela durerait quelques semaines.
Nous étions bien loin d’imaginer ce qui nous attendait…
Onze mois de fermeture au total. Onze mois !
Et contrairement à ce que beaucoup pensent encore aujourd’hui, NON, tous les restaurateurs n’ont pas bénéficié du fameux « quoi qu’il en coûte ».
Nous, par exemple.
Nous traînions encore les conséquences financières de nos problèmes à Sailly-Labourse. Des difficultés qui nous avaient suivis jusqu’à Béthune et qui nous ont privés des aides dont tant d’autres établissements ont pu bénéficier.
Pas de fonds de solidarité pour notre entreprise. Pas de miracle.
Seulement le chômage partiel pour nos salariés.
Et pendant ce temps-là, les difficultés, elles, ne disparaissaient pas.
Pas de travail. Pas de recettes. Des dettes. Et aucune idée de la date à laquelle nous pourrions reprendre notre activité.
On appelle ça comment ?
LA POISSE ! 😅
Et croyez-moi, à cette époque, nous en avions une sacrée dose.
Alors évidemment, nous avons essayé de nous débrouiller.
Nous avons fait de la vente à emporter et même organisé des livraisons pour Pâques.
Et là, petite anecdote qui nous fait encore sourire aujourd’hui…
En préparant les tournées, je me suis rendu compte des kilomètres que certains d’entre vous parcouraient habituellement pour venir manger chez nous !
La Comté, Hersin-Coupigny, Lens, Locon…
Je regardais les adresses en me disant :
« Mais ils font vraiment toute cette route pour venir manger chez nous ?! » 😂
Et ça, sincèrement, ça nous a énormément touchés. ❤️
Pendant ces mois de fermeture, nous avons aussi essayé de nous rendre utiles.
Nous avons fait des travaux dans les chambres d’hôtes, nettoyé, rangé, vidé, déplacé les meubles…
Et nous nous sommes improvisés instituteurs !
Céleste était en CP.
Autant vous dire que faire l’école à la maison tout en essayant de sauver son entreprise, ce n’était pas vraiment ce que nous avions imaginé pour notre vie de famille. 😅
Et puis il y a cette photo…
Céleste en train de faire du roller dans notre restaurant ! 😂❤️
J’avais retiré tout le mobilier pour nettoyer la moquette.
La salle était complètement vide.
Alors notre fille avait décidé que, finalement, ce serait une excellente piste de roller !
Quand je regarde cette photo, je souris.
Mais je sais aussi ce qu’il se passait derrière ce sourire.
Parce que cette période a été AFFREUSE.
Et je ne parle pas seulement de notre entreprise.
Notre couple en a pris un sacré coup. Notre vie de famille aussi.
Quand on travaille ensemble depuis des années, qu’on partage la même passion, les mêmes projets, les mêmes responsabilités et qu’un matin tout s’arrête…
Il ne reste plus grand-chose pour échapper aux problèmes.
On vit ensemble, on travaille ensemble, on s’inquiète ensemble.
Et les soucis du restaurant nous suivent jusque dans notre salon, à table…
On ne parle plus que de ça.
On cherche des solutions, on s’énerve, on se dispute, on se fatigue.
À cette période, Maxime et moi avons même failli divorcer.
Voilà. Je ne vais pas vous raconter que nous avons traversé tout ça main dans la main, avec le sourire, parce que ce serait mentir.
Il y a eu des larmes, de la colère, des incompréhensions et des moments où nous ne savions même plus comment avancer.
Nous avions passé tellement d’années à construire notre vie autour de nos restaurants…
Et nous avions l’impression de voir tout s’écrouler sans pouvoir faire quoi que ce soit.
Mais il restait quelque chose.
L’amour de notre métier. ❤️
Cette envie de cuisiner, de recevoir, de dresser une jolie table, de retrouver nos clients, de faire découvrir un produit, de partager un moment.
C’est peut-être difficile à comprendre quand on n’est pas restaurateur, mais ce métier, on ne le laisse pas au vestiaire en rentrant chez soi.
Il fait partie de notre vie.
Et malgré tout ce que nous traversions, nous avions encore envie d’y croire.
Alors nous avons tenu.
Pas toujours avec le sourire, pas toujours avec beaucoup de patience, et certainement pas sans y laisser quelques plumes…
Mais nous avons tenu.
Et puis, enfin, les restaurants ont rouvert.
Sauf que là encore…
QUEL CIRQUE ! 😂
Il a fallu réapprendre à travailler.
Espacer les tables, réduire les couverts, respecter les distances, faire appliquer des protocoles qui changeaient sans arrêt…
Le masque pour circuler dans le restaurant, mais qu’on pouvait enlever une fois assis pour manger.
Les mariages où l’on pouvait manger ensemble, mais pas danser !
Et puis le fameux PASS SANITAIRE.
Et devinez qui devait contrôler les clients à l’entrée ?
MOI !
Mais enfin… JE SUIS RESTAURATRICE, PAS FLIC ! 😂
Et pour vous donner une idée du désarroi et de la colère de Maxime à cette époque, il avait même imaginé une phrase à inscrire sur notre panneau de trottoir.
Une phrase volontairement provocatrice, faisant référence aux pancartes discriminatoires des heures les plus sombres de notre histoire.
Bien évidemment, j’ai refusé de l’afficher.
Et croyez-moi, il m’en a voulu ! 😅
Nous étions pourtant d’accord sur le fond : nous étions restaurateurs, pas chargés de contrôler la situation sanitaire de nos clients.
Mais nous n’avions pas toujours la même manière d’exprimer notre colère.
Et cette anecdote résume assez bien notre état d’esprit à ce moment-là.
De la fatigue, de l’incompréhension, de la colère… et parfois des désaccords entre nous, jusque sur ce que nous pouvions écrire sur une simple ardoise devant le restaurant.
Mais au milieu de tout ça, il y avait une chose formidable…
VOUS ÉTIEZ REVENUS ! ❤️
Et ça, quel bonheur !
Après tous ces mois de privation, vous aviez envie de sortir, de retrouver vos amis, votre famille, de partager un bon repas.
Les restaurants vous avaient manqué.
Et vous nous aviez manqué aussi.
Sauf qu’un autre problème nous attendait…
Les clients étaient revenus… mais les serveurs, eux, avaient disparu ! 😅
Pendant les fermetures, beaucoup de professionnels avaient changé de métier.
Et franchement, comment leur en vouloir ?
Pendant des mois, on nous avait fait comprendre que notre métier n’était pas essentiel.
Pas essentiel…
Cette expression, croyez-moi, elle nous est restée en travers de la gorge.
Alors forcément, quand on vous explique que votre profession n’est pas essentielle, qu’on vous empêche de travailler pendant des mois, que vous ne savez pas quand vous pourrez reprendre une vie normale…
Comment reprocher à ceux qui en avaient la possibilité d’avoir choisi une autre voie ?
Des horaires plus réguliers, des soirées en famille, des week-ends libres et surtout une certaine stabilité.
Ils avaient simplement fait un choix pour leur avenir et celui de leur famille.
Et nous étions bien placés pour comprendre ce besoin de retrouver un équilibre.
Mais pour ceux qui, comme nous, voulaient continuer à faire vivre leurs restaurants, le recrutement était devenu un véritable casse-tête.
Les clients avaient retrouvé le chemin de nos tables, mais beaucoup de ceux qui faisaient vivre nos restaurants avaient choisi un autre métier.
Et ça, nous savions que ce n’était pas un problème qui allait se régler du jour au lendemain.
Le Covid avait changé la restauration. Profondément.
Et nous le savions.
Nous savions que nous ne pourrions plus continuer exactement comme avant.
Il fallait revoir notre organisation, notre façon de travailler, nos horaires, nos priorités.
Et peut-être aussi retrouver un peu de place pour notre couple et notre famille, après avoir failli tout perdre.
Avec le recul, je ne garde aucune nostalgie de cette période.
Elle nous a coûté énormément, financièrement, professionnellement et personnellement.
Mais elle ne nous a pas enlevé l’amour de notre métier.
Et c’est probablement ce qui nous a permis de continuer à avancer, même lorsque tout semblait aller de travers.
Alors oui, le Covid a changé beaucoup de choses.
Et nous savions parfaitement que ces changements allaient influencer la suite de notre aventure.
Il était temps d’imaginer une autre façon de travailler.
Une autre organisation.
Un autre restaurant.
❤️ DIRECTION LAVENTIE…
Et pendant que nous vous racontons ces 15 années de notre vie, le compte à rebours continue au N9uF…
⏳ PLUS QUE 12 SERVICES !
ET TOUS AFFICHENT COMPLET ! ❤️
Vous avez répondu présents jusqu’au bout, et sincèrement, nous n’aurions jamais imaginé un tel engouement pour nos dernières semaines.
Après toutes ces années, toutes ces épreuves et tous ces moments partagés, vous voir aussi nombreux à vouloir vivre ces derniers instants avec nous nous touche énormément.
Nous allons savourer chacun de ces 12 derniers services avec vous. ❤️
Et essayer de ne pas trop penser à la dernière fois où nous éteindrons les lumières…
12 services.
Une salle comble.
Et le cœur déjà bien serré. ❤️
Restaurant N9UF merci ❤️