22/12/2025
299ème dimanche du temps extraordinaire, 4ème dimanche de l’Avent
« Peu importe qu’une initiative soit rentable au bout de trois, cinq, dix ou quinze ans, pourvu qu’elle le soit in fine et qu’elle contribue à l’adaptation de l’entreprise à son environnement. » Pour une Société plus mutuelle (Daniel Baal / Nicolas Théry)
Nous avons donc appris cette semaine que l’Union Européenne infléchissait sa position sur la fin du moteur thermique. Plutôt que d’interdire la vente de véhicules thermiques neufs à partir de 2035 – on parlait de 2040 pour les poids lourds et les autocars -, il sera encore possible de commercialiser des véhicules thermiques après cette date (mais pour combien de temps ?), à condition de réduire de 90% leurs émissions de CO2.
La première question qu’on pourrait se poser, c’est de se demander si l’on ne pourrait pas éviter d’éjecter dans l’atmosphère ce dioxyde de carbone issu de la combustion. Est-il si compliqué, ou si onéreux, d’imaginer un système de filtrage des gaz de combustion qui piégeasse le CO2 (et éventuellement les autres cochonneries qui mettent en danger notre santé) ? Je n’ai pas la réponse à cette question, et peut-être certains de mes lecteurs ont-ils un avis ?
Précisons ensuite une chose importante, même si elle est évidente : quelle que soit l’origine du carburant brûlé dans le moteur, c’est bien du dioxyde de carbone qui est produit lors de la combustion des hydrocarbures. Un litre de gasoil, en brûlant, émet 2,67 kilogrammes de CO2 – c’est de la chimie et on ne pourra jamais changer cela.
L’autre information dans cette décision de l’Union Européenne, c’est qu’on se rapproche très fortement des 90% de réductions de CO2 en utilisant un biocarburant comme le HVO. Ainsi, contrairement à ce que nous craignions encore il y a quelques heures, nous pourrions continuer à exploiter des autocars diesel après 2035, en utilisant massivement du HVO.
Cela tombe bien : c’est déjà ce que nous faisons. En 2025, plus d’un quart des litres de carburant que nous avons consommés étaient du HVO. Et la proportion de biocarburants dans notre flotte va se renforcer encore en 2026.
Notons au passage qu’entre le rajeunissement de notre flotte (84% de notre flotte est Euro6 ou électrique), le verdissement de nos carburants, la production d’électricité renouvelable et la reforestation, nous avons compensé 44% de nos émissions en 2024. Ce taux de couverture devrait atteindre 70% en 2025.
En brûlant, le biocarburant HVO émet aussi beaucoup de CO2. Je me suis demandé combien exactement, et j’ai posé la question au Dieu Google : j’ai dû aller jusqu’à la neuvième page pour avoir ma réponse. Sans surprise, le HVO est chimiquement identique au gasoil, c’est la même molécule : un litre de HVO émet en brûlant autant de CO2 qu’un litre de gasoil – et même davantage quand on lit l’article ci-dessous, en prenant en compte les externalités provenant du détournement des terres arables vers la mobilité. Pourtant, sur toutes les pages que j’ai consultées, cette information évidente ne figure nulle part. On lit seulement qu’utiliser du HVO permet de réduire ses émissions de CO2 de 85 à 90%, car le HVO n’est pas d’origine fossile mais provient du recyclage d’huiles usagées.
Interrogeons-nous sur ce revirement de l’Union Européenne. Le lobby de l’automobile aura poussé fort dans ce sens : ce nouveau moratoire permet de gagner quelques années pour finir d’amortir les lignes de production de moteurs thermiques. Cela évite aussi un déferlement de véhicules électriques chinois à bas prix, qui viendraient non seulement tuer l’industrie automobile européenne déjà à l’agonie, mais sans doute créer des turbulences sur un marché de l’électricité pas encore prêt à nourrir quelques dizaines de millions de véhicules supplémentaires. Toujours sur internet, je lis que le passage de la totalité de flotte automobile à l’électromobilité entraînerait une consommation supplémentaire de 100 TWh (soit cent milliards de kWh), 20% de production en plus. Cela ne paraît pas si conséquent finalement, surtout si on se donne vingt ans pour construire nos réacteurs EPR...
Mais y aura-t-il du HVO pour tout le monde ? Et surtout, à quel prix ? Car il faut bien être conscients qu’à la différence du gasoil, le HVO est subventionné et ne rapporte pas de taxes à l’Etat. Avec une augmentation significative des usines de production de HVO, on peut espérer couvrir une grande partie des besoins, surtout si seuls les véhicules neufs sont concernés – ce qui serait étonnant. Les véhicules d’occasion pourront toujours consommer du gasoil, car les champs de pétrole ne sont pas près de se tarir. Mais avec un HVO à 3 ou 4 € le litre, il est probable que les consommateurs se tourneront vers l’électrique…
Là aussi, c’est en supposant que le kilowattheure restera à des prix modiques, comme aujourd’hui. Le prix de marché se situe à environ 6 cents (60 € le mégawattheure), auxquels il faut rajouter le coût du transport, de la distribution, et la TVA. On finit à environ 17 cents (170 € du MWh). Si le manque à gagner de l’Etat sur la TICPE (la taxe appliquée sur les carburants fossiles) devait être compensé par une taxation supplémentaire de l’électricité utilisée dans la mobilité, cela viendrait considérablement alourdir le « TCO » (Total Cost of Ownership) de nos véhicules, petits et grands.
N’est-il pas paradoxalement trop t**d pour sortir de l’électrique ? Serait-ce une tactique pour fermer l’accès au marché européen à des constructeurs chinois exsangues et dont les prix des voitures électriques se situent désormais en dessous des prix des modèles équivalents en thermiques ? Vu de pas trop loin, j’ai l’impression que tout le monde y perd : le constructeur européen qui ne vend plus, le constructeur chinois qui vend à perte, les Etats qui subventionnent dans tous les sens les investissements et l’énergie verte, le consommateur qui est totalement perdu.
S’il y a bien une morale à tirer de cette histoire, c’est celle-ci : celui qui saura ce qui va se passer dans les années à venir sur le marché de l’énergie serait bien malin (et riche). Entre les tergiversations des députés dont la capacité d’innovation en matière fiscale n’a d’égale que le manque de ligne directrice claire, pas facile d’y voir clair. Pour imaginer demain, et surtout investir durablement, nous avons besoin de visibilité et de stabilité. Pas sûr que nous les trouvions sous le sapin cette année…
C’est la dernière ligne droite avant Noël. Un temps particulier, auquel personne n’est insensible. J’espère du fond du cœur que chacun d’entre vous sera entouré de personnes aimées et attentives. Noël est avant tout le triomphe de l’Amour. Belle semaine à tous !
T&E : "Les biocarburants sont responsables de 16 % d’émissions de CO2 en plus que les carburants fossiles"
journaldupoidslourd.com
T&E : "Les biocarburants sont responsables de 16 % d’émissions de CO2 en plus que les carburants fossiles"