11/02/2017
Hadrien Favrole - Mémoires partagées
L’avènement du numérique et des canaux de diffusions haut débit ont démultiplié l’enregistrement de la vie et les exhibitions narcissiques. Ainsi, la photographie numérique familiale semble s’éloigner de sa fonction de gardienne de la mémoire pour devenir un acte de communication d’émotions.
Pour son projet Mémoires partagées, Hadrien Favrole est allé ponctionner dans les archives de l’espace internet des photographies privées à caractère familial, mises à disposition du grand public et libres de droit. Sorties de leurs contextes, recadrées, puis ressaisies, les images initiales s’écartent de leur fonction indicielle pour se faire expression du doute.
La photographie originelle est ainsi une matière première dont Hadrien Favrole aime à se saisir jusque dans ses défauts : « Il m'a donc semblé important de garder toutes les traces de la photographie, sa surexposition ou sous-exposition, les éventuelles déformations, les pixels, les rayures de la pellicule, etc. » Aux antipodes d’une approche réaliste de la peinture ou du dessin, Hadrien Favrole croit en la valeur suggestive de la réalité, qui s’éloigne de l’image dite parfaite, lisse et ultra détaillée de ce que l’on désigne comme référent de vérité.
«Mon travail s’articule autour de la perception du spectateur en le confrontant à l’impossibilité d’une lecture objective. Je propose un questionnement sur la relativité qui existe entre le contexte et le sens. Ici le sujet n’étant pas ce que représente l’image mais bien l’image elle-même ainsi que la notion d’information. » Hadrien Favrole propose une approche phénoménologique de la perception en tant que reconstruction d’espaces invisibles. Maurice Merleau-Ponty dans son ouvrage L’œil et l’esprit énonce que « le propre du visible est d’avoir une doublure d’invisible ». Selon lui, un objet artistique ne donne pas à voir la vérité, elle apparaît par des procédés qui appellent des significations chez chacun.
« Ici je pars d'éléments numériques, que je ne peux comprendre pleinement. Je garde et j’exagère, tout ce qui rappelle cette notion de numérique et me concentre sur le manque de narration. » La taille des objets artistiques est en correspondance avec la taille des écrans d’ordinateur par lesquels ces images sont consommées. Ici, le format permet de garder une distance face à l'image, comme quelque chose qui nous échapperait un peu plus, anecdotique, flou, incertain.
«J'ai voulu travailler les différents médiums (peinture, dessin et vidéo) comme des productions à part entière. Chaque médium permet de mettre en évidence différentes approches plastiques de cette recherche. La peinture s'arrêtera en particulier sur les couleurs, le dessin sur l'exposition ou le grain des photos et la vidéo sur le son ou l'esthétique numérique. » Mémoires partagées est une sorte de work in progress questionnant la relativité entre le contexte et le sens d’une information, le statut de l’image et sa réception.