09/10/2026
La pluie qui tombe sur notre jardin ressort à trente kilomètres d’ici, et fait tourner des roues.
Le bassin qui alimente Fontaine-de-Vaucluse fait 1 240 km² : le sud du Ventoux, la montagne de Lure, et les monts de Vaucluse — c’est-à-dire exactement là où nous sommes, à Murs.
L’eau s’infiltre, circule sous la pierre pendant on ne sait combien de temps, et ressort au pied d’une falaise. C’est la cinquième source du monde par son débit, la première de France. On essaie d’en atteindre le fond depuis 1878 : 23 mètres cette année-là, 46 avec Cousteau en 1946, 106 en 1967. En août 1985, un submersible s’est posé sur un fond de sable à 315 mètres. Aucun plongeur n’est jamais allé aussi bas.
Trente kilomètres plus loin, la Sorgue se divise au Partage des Eaux, puis traverse L’Isle-sur-la-Sorgue. Au 19e siècle, environ soixante-dix roues y tournaient — moulins à grain, papeteries, filatures de soie et de laine, teintureries. Trois à quatre cents ouvriers vivaient de cette eau. Il en reste une quinzaine, qui ne servent plus à rien et tournent quand même.
Si tout ça a été possible, c’est parce que la Sorgue reste à 13 °C toute l’année. Elle ne gèle pas, elle ne tarit pas. Une rivière qui ne s’arrête jamais, ça fait tourner une ville pendant huit siècles.
3/3 — ce que la photo ne dit pas.
Vous saviez que c’était la même ?