26/09/2017
~ Ancrage ~
Au début des années 1980, une poignée de passionnés d'ancienne marine furent à l'origine d'un mouvement qui, parti de Douarnenez, devait contaminer tous les ports de Bretagne, puis de la Manche pour s'étendre sur toute la côte Atlantique et Méditerranéenne du pays.
Quel port de France n'a pas aujourd'hui sa réplique d'un vieux gréement typique de sa côte ?
Que cela soit de hauts symboles comme l'Hermione de Rochefort, frégate de La Fayette, ou le Renard de Saint-Malo, cotre corsaire de Surcouf, ou de simples unités de bateaux de travail comme Telenn Mor, chaloupe sardinière de Douarnenez, ou encore d'impressionnants langoustiers, de massifs thoniers, d'élégantes et puissantes bisquines, chalutiers à voiles des côtes normandes, et tant d'autres embarcations de pêche aux noms qui font rêver aux temps où chaque port de France était empli de ces coques aux courbes infinies et multicolores, peuplé de mâts bruns ou blonds, le tout relié par un entrelacs complexe de cordages odorants. Ferlées ou déployées, les voiles de lin ou de coton chatoyants aux ocres patinés, aux bleus délavés, aux tons café ou chocolat enluminaient le moindre havre...
Toute cette marine, corps et âme, avec tous ses trésors de savoir-faire, avait bel et bien disparu ! Et cette poignée d'entêtés bretons a réussi en une trentaine d'années à sauver une science accumulée au fil de centaines de générations, faisant revivre des métiers en voie d'extinction ou même déjà oubliés.
Suite à leur utopie, leur élan premier, dans le milieu des années 1980, tous les maires des côtes bretonnes se réunirent pour se promettre qu'avant la fin du siècle chaque port aurait sa réplique d'un bateau ancien, quelle qu'en soit la taille.
J'ai le bonheur de participer depuis 2010 aux rassemblements des vieux gréements de Douarnenez. Et depuis 2010, une toue de la Loire est présente à cette grande fête...
Pendant des siècles, la Loire fut le fleuve le plus navigué de France, parcouru dans sa quasi totalité par une énorme batellerie. En témoigne, mieux que partout en Europe, toute une civilisation née autour de ce fleuve. Depuis le Massif Central, de Monistrol à l'Atlantique, passant par Digoin, Nevers, Orléans, Tours, Angers, jusqu'au grand port de Nantes, d'innombrables chalands aux puissantes voilures, chargés de charbon, de métaux, d'aliments ou de vins, descendaient ou remontaient la Loire. Et c'est tout un art de naviguer sur un fleuve vivant qui s'inventait au fil des courants et des générations.
Une toue de Loire au rassemblement de Douarnenez...
Mais, la Loire est un fleuve d'environ 1000 kilomètres ; avec une rive droite et une rive gauche qui additionnées représentent deux bons tiers de la totalité des côtes de France !
Des associations de passionnés de batellerie redonnent vie à cet art de la navigation fluviale jusqu'à Nevers. Le Haut Pays de la Loire a tout à gagner en réveillant à son tour sa batellerie et en encourageant, soutenant et aidant de son mieux dans son projet un jeune passionné, à l'expérience en la matière certaine, et la multitude qu'il a su fédérer dans son sillage.
Jean-Jacques Roudière
Cinéaste, Éditeur, et marin parfois.