17/07/2026
Il existe, dans les vieux arbres, un microhabitat que presque personne ne connaît et qui abrite une faune introuvable ailleurs : la mare perchée. Les scientifiques l'appellent le dendrotelme, des mots grecs pour arbre et mare.
C'est une simple cuvette. Une fourche de branches où l'eau de pluie s'accumule, un creux de tronc, une cavité tapissée de bois décomposé qui retient quelques litres. Rien de plus qu'une flaque à trois mètres du sol. Et pourtant, c'est un monde à part entière.
Car cette eau, chargée de bois pourri, de feuilles et de débris, offre un milieu unique — ni tout à fait une mare, ni tout à fait un arbre. Des insectes s'y sont spécialisés au point de ne plus vivre nulle part ailleurs : plus de la moitié des espèces d'insectes que l'on trouve dans ces mares perchées leur sont strictement rattachées. Certaines mouches, comme Systenus albimanus, y déposent leurs larves et n'existent qu'à cette condition. Sans dendrotelmes, elles disparaissent, purement et simplement.
Ce détail change le regard qu'on porte sur un vieil arbre. Ce creux plein d'eau croupie dans une fourche, qu'on prendrait volontiers pour un défaut à assainir, est en réalité un écosystème complet et rare. Le vider ou le boucher, c'est éteindre une espèce locale.
Et ces microhabitats ne durent pas éternellement : une cuvette finit par s'obstruer, un arbre par tomber. Leur faune ne survit que si de nouveaux dendrotelmes apparaissent à proximité, dans d'autres vieux arbres. La continuité de ces mares suspendues, d'un arbre à l'autre et d'un siècle à l'autre, est ce qui maintient ce monde discret en vie.
Une flaque dans une fourche d'arbre est une mare. Avec ses habitants, qui n'ont pas d'autre maison.