12/08/2026
LA TOUR DE FERRIER
Située à Villelaure, dans le Sud Luberon, la Tour de Ferrier domine la vallée du Marderic. Par sa position stratégique, elle contrôlait autrefois le passage naturel reliant le nord et le sud de la vallée et constituait vraisemblablement un poste avancé de surveillance et de défense du château d’Ansouis.
Les recherches historiques et les traditions locales permettent d’avancer l’hypothèse, sérieusement étayée, que la tour aurait été édifiée au milieu du XIIᵉ siècle, probablement pour Ferrier de Saint-Chamas, membre d’une des plus anciennes lignées de la noblesse provençale. Si les sources médiévales demeurent fragmentaires, plusieurs éléments concordants — la toponymie, les liens féodaux entre les seigneuries voisines et certaines mentions d’archives — rendent cette attribution plausible.
La famille de Saint-Chamas fut pendant plusieurs siècles une famille essentiellement militaire, attachée à la défense du royaume et à la foi catholique. Elle donna notamment à la Chrétienté et à la France plusieurs croisés, chevaliers, maréchaux et hauts responsables militaires et religieux.
Au fil des siècles, la Tour de Ferrier connut plusieurs transformations. À la fin du XVe siècle, elle fit l’objet d’un profond remaniement, auquel furent progressivement associés différents bâtiments agricoles.
La tour conserve aujourd’hui les traces de cette longue histoire. Établie sur un promontoire rocheux, percée de souterrains et entourée de constructions agricoles, elle présente une architecture singulière, entre demeure fortifiée, tour de défense et ancienne exploitation agricole.
LES FORBIN-JANSON
L’histoire de la propriété s’inscrit également dans celle de la puissante famille de Forbin-Janson, grande famille de la noblesse provençale qui posséda de nombreuses terres dans la région de Villelaure.
Les Forbin-Janson participèrent à l’histoire politique, militaire et économique de la Provence et contribuèrent à la transformation de plusieurs domaines agricoles et propriétés de la région.
À Villelaure, ils furent notamment associés à la création de la Fabrique, une petite usine destinée à la production et à la transformation du sucre. Cette initiative témoigne de la volonté de développer une activité industrielle et agricole sur le territoire. La Fabrique ne fonctionna cependant que pendant quelques années, mais elle demeure une étape singulière dans l’histoire économique de Villelaure.
La Tour de Ferrier conserva parallèlement une vocation agricole. Elle fut notamment utilisée comme magnanerie, destinée à l’élevage des vers à soie, activité qui occupa autrefois une place importante dans l’économie rurale provençale.
Ainsi, la Tour de Ferrier n’a probablement jamais été uniquement une construction défensive : elle s’est progressivement transformée en un véritable domaine rural, associant habitation, agriculture et activités liées à la vie économique locale.
DE LA PROPRIÉTÉ AGRICOLE AU DOMAINE EN RUINE
Au fil du temps, les bâtiments agricoles se développèrent autour de la tour, constituant progressivement un ensemble rural important.
Mais après plusieurs siècles d’histoire, le domaine s’était profondément dégradé. Lorsque Patrick El Ouarghi Vegas et Philippe Chapelet découvrent la propriété en 2019, ils font face à un ensemble largement en ruine, marqué par le temps, l’abandon et les transformations successives.
Ils décident pourtant de préserver ce lieu et de lui donner une nouvelle destinée.
2019 — UNE NOUVELLE HISTOIRE
En 2019, Patrick El Ouarghi Vegas et Philippe Chapelet rachètent la Tour de Ferrier et son domaine, avec l’ambition de mener une importante opération de réhabilitation et de redonner vie à cet ancien domaine agricole.
Le projet ne consiste pas à reconstruire un décor historique, mais à révéler l’identité du lieu, à conserver ses traces architecturales et agricoles et à leur donner de nouvelles fonctions.
Pendant plusieurs années, d’importants travaux sont entrepris pour restaurer les bâtiments, réhabiliter les espaces extérieurs et redonner vie aux terres.
La vigne, les oliviers, la forêt et les anciens espaces agricoles retrouvent progressivement leur place au cœur du domaine.
Cette renaissance donne naissance à un projet d’agrotourisme contemporain, imaginé autour de quatre dimensions essentielles : la terre, l’architecture, l’art et l’hospitalité.
Aujourd’hui, l’ancien domaine en ruine est devenu un lieu d’accueil vivant, où le patrimoine architectural dialogue avec une approche contemporaine de l’hospitalité.
Les vignes et les oliviers sont à nouveau cultivés, les espaces naturels sont préservés et les anciens bâtiments ont retrouvé de nouveaux usages.
La réhabilitation menée depuis 2019 par Patrick El Ouarghi Vegas et Philippe Chapelet s’inscrit dans une volonté simple : ne pas effacer le passé, mais lui permettre de continuer à vivre autrement.
De poste avancé du château d’Ansouis à ancienne magnanerie, de domaine agricole à propriété en ruine, puis de lieu patrimonial à destination d’agrotourisme, la Tour de Ferrier poursuit aujourd’hui son histoire sous une nouvelle forme, au cœur du Luberon.