04/01/2024
À seulement quelque pas de Bab El Atlas, quelques pas depuis la route goudronnée, quelques pas depuis les maisons, certaines modernes, quelques pas depuis notre 21ième siècle, on descend dans un oued aride et martelé pas un soleil écrasant.
On marche dans ce lit de torrent sec, dans les cailloux pourtant arrondi par l’eau, érodé et usée par un liquide invisible et pourtant on en voit les traces.
On marche vers la chaîne des montagnes Atlas, sommets qui s’élèvent à quatre mille mètres, parfois enneigés, aujourd’hui nus, baignés de soleil. Une butte se détache du paysage, domine l’oued et le désert qui l’entoure et la, dans cette butte, dans la falaise qui le détache du sol caillouteux on trouve des grottes.
Des grottes non pas creusées par cette eau rare, mais, marques d’outils pour preuve, pas la main de l’homme. Des grottes des milliers de fois utilisées comme abri, noirci par la fumée des feux de cuisine d’hommes et de femmes anonymes.
Pourquoi?
Depuis la nuit du temps les nomades passent ici avec leurs troupeaux, bêtes qui croquent ci et là une feuille, une tige d’un maigre repas avant de faire un pas ou deux de plus pour brouter la feuille suivante.
Pourquoi ici?
La réponse se trouve à une cinquantaine de mètres en contrebas, dans ce lit d’oued si aride, sous un gros rocher dont l’ombre abrite un demi mètre carré à longueur de journée et là, dans cette ombre aussi permanent que le rocher se trouve la source de toute vie: De l’eau.
Aussi peu qu’elle soit visible dans ce lit d’oued, on trouve des mares, des flaques d’eau, sale, boueuse, mais précieuse source de vie. Dans ce paysage il est facile d’imaginer le soif de deux jours sans eau, que cette eau boueuse ou cette boue liquide une fois filtrée par un foulard sera une délicieuse prolongation de notre vie si fragile.
Dans l’oued il y a de l’eau, donc il y a des plantes, donc à manger. Depuis des millénia les nomades sont passés par là dans ce climat hostile, écorché par le soleil le jour et d’un froid glaciale la nuit. Ces grottes sont en quelque sorte un camp de base dont la famille réside quelques jours ou semaine pendant que les bergers rayonnent avec leur troupeaux et retournent la nuit ou peut être tout les deux jours pour un repos dans ce “confort” relatif.