01/05/2026
Derrière la marque Helexia, il y a la coopérative Dima Escargots, cofondée par Nadia Choukri et Sabah Idrissi Zaki, deux femmes de la région de Taroudant qui ont eu l’audace de parier sur un actif que l’industrie cosmétique mondiale convoite depuis des années, refusant de le laisser s’exporter brut, valorisé ailleurs, revendu cher au pays.
Du parc d’élevage au laboratoire : une filière pensée jusqu’au dernier actif
Riche en allantoïne, en acide glycolique et en peptides régénérateurs, la bave d’escargot est reconnue par la dermatologie moderne pour ses vertus cicatrisantes, hydratantes et anti-âge. L’industrie coréenne en a fait l’ingrédient star de la K-beauty.
Des laboratoires européens la commercialisent à prix d’or. Au Maroc, cette coopérative de femmes rurales des montagnes du Souss a pris en main cette filière, structurant ainsi cet ingrédient vedette de A à Z, sans intermédiaire et sans concession sur la qualité.
“Il s’agit d’un produit innovant. S’il s’inscrit aujourd’hui dans une tendance en plein essor, il convient néanmoins d’en appréhender les risques avec vigilance”, prévient Mme Choukri, avec la lucidité de celle qui maîtrise les dérives potentielles d’un marché en pleine effervescence.
Le process est non négociable. Les escargots, élevés dans un parc agréé par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), n’en sortent que pour rejoindre directement l’unité de traitement. L’extraction est réalisée mécaniquement, sans blesser l’animal, condition éthique et condition de qualité à la fois, explique Mme Choukri.
Après dix jours de traitement, la bave fraîche, précieuse, intacte, riche de tous ses actifs, est acheminée vers le laboratoire, où elle est délicatement transformée en crèmes, sérums et savons.
Une chaîne parfaitement maîtrisée, du vivant jusqu’au flacon, rigoureusement validée par la Direction du Médicament et de la Pharmacie. Deux certifications exigeantes, qui ne relèvent ni du hasard ni de la facilité, mais d’un savoir-faire patiemment construit et pleinement mérité.
L’histoire d’un combat, pas d’une recette
On aurait tort de réduire Helexia à une success-story cosmétique bien emballée. Car, c’est avant tout le récit d’une rupture avec un modèle économique qui a longtemps appauvri celles qui produisaient le plus.
Pendant longtemps, le mouvement coopératif a fonctionné souvent malgré lui, selon un paradoxe à bas bruit, comme une chambre d’extraction au bénéfice de tiers. L’argan des Berbères, le safran de Taliouine, le miel des hauts plateaux… autant de trésors du terroir rachetés en vrac, transformés et valorisés en Europe, puis réimportés sous des étiquettes que les productrices elles-mêmes ne pouvaient s’offrir.
La rupture avec ce modèle extractif est particulièrement au cœur du projet Dima Escargots. En intégrant l’élevage, le traitement, la formulation et enfin la mise en marché sous une seule et même entité, la coopérative ne se limite plus à la production d’une matière première destinée à être sublimée ailleurs.
“C’est un produit parfaitement adapté au marché marocain, permettant de réduire le recours à des produits importés à des prix élevés”, relève Mme Choukri. Un choix à la fois économique, mais aussi pleinement inscrit dans une logique de souveraineté
Et le marché répond : “Les visiteurs reviennent souvent pour acquérir deux à trois exemplaires de chaque produit, ce qui est particulièrement révélateur. Cela constitue un véritable indicateur de succès”, se félicite la cofondatrice. Dans la bouche d’une cheffe de coopérative qui a tout construit à la force de la conviction, le mot succès n’a pas le goût de la publicité, mais de l’épreuve.
De la montagne au marché mondial : quand la coopérative devient école de conquête
Ce qui frappe le plus, en écoutant Nadia Choukri s’exprimer au sein de son stand au pôle Produits du terroir du SIAM, ce n’est pas seulement la maîtrise technique de la filière ni la cohérence industrielle du produit. C’est surtout la fierté sereine, presque palpable, avec laquelle elle évoque la transformation humaine que cette aventure a suscitée en elle, chez ses associées et, plus largement, chez toutes celles qui leur ressemblent dans les montagnes du Souss.
“Sur le plan moral, on peut constater que la femme marocaine s’exprime désormais avec assurance, la tête haute, affranchie de toute timidité. Elle est aujourd’hui en mesure de présenter son produit et sa région, tant à l’échelle nationale qu’internationale”, affirme-t-elle.
Ce basculement, de l’invisibilité à la représentation, de la réserve subie à l’aisance conquise, constitue sans doute le véritable produit phare de Dima Escargots et du SIAM. Celui qui ne figure sur aucune étiquette, mais qui se révèle dans l’atmosphère singulière des stands de ces coopératives, au fil des allées du Salon.
L’écosystème institutionnel, à travers notamment l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), l’Office de développement de la coopération (ODCO), l’Office national du conseil agricole (ONCA), l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) ou encore l’Union nationale des femmes du Maroc (UNFM), a pleinement joué son rôle, aux côtés de dispositifs de financement bancaire à taux bonifiés.
Mme Choukri cite ces appuis avec reconnaissance, soulignant surtout la capacité des femmes à s’en saisir pour aller au-delà et transformer ces opportunités en véritables trajectoires d’autonomisation.
“C’est une histoire d’amour pour porter ce projet, une histoire de combat”, confie-t-elle.
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